Et si la vie, après tout, n’était qu’une invitation au voyage, à tous les voyages… Brûler son cœur dans les nuits incendiaires de la Cité des Anges, danser au soleil levant quand la Méditerranée s’embrase, déambuler dans une Alexandrie brûlante de fièvres perverses, aimer sans loi ni raison à Paris, Venise  ou ailleurs, mourir dans les déserts ou sur les îles, et puis, quand les jours patinent et arrêtent leur course, s’endormir en rêvant que, là-bas, derrière l’horizon du soleil, un autre voyage nous tend les bras ?

 

Quel est le thème central de ce livre ?
J’ai envie de dire que le thème central de ce livre c’est la vie et la mort sans cesse entrelacées. Et cet amoureux mariage se déroule à travers la vie d'une femme (la narratrice) et d’hommes libérés de toute contrainte. Des amours et des plaisirs, des morts et des tragédies, des villes et des pays, des plages et du soleil,  la vie, quoi !
L’héroïne écrit. Elle et ses amis et amours vivent avec intensité et parfois folie. Leur seule morale pourrait être : « Je veux être libre de vivre et je veux être libre de mourir. »
Ces personnages sont sans doute les enfants de 1968, ils poussent à l’extrême les découvertes de ce mois de mai incendiaire et fou et voyagent de par le monde et les années au gré de leurs amours et de leurs passions. Mais c’est aussi le temps qui passe, les jours qui s’enfuient, la vieillesse qui vient et la mort inévitable… à moins que…

Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre laquelle choisiriez-vous ?
« J'écrirai ma passion de la vie et ma fascination de la mort. Je ferai vivre dans mes mots, les hommes, les chats, les cités, les cigales de la colline. Je raconterai les aubes douloureuses, la mort violente, toujours, et l'injustice de la jeunesse arrachée. J'écrirai le nom de Sourayan, et quand je n'existerai plus, le nom de Sourayan ne sera pas oublié, il nourrira encore le rêve des hommes et des femmes qui le liront. J'écrirai parce que je veux laisser l'empreinte de mes yeux, l'empreinte de mon cœur sur le monde. »

Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce serait la musique des Doors et la voix de Jim Morrison.

Qu’aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?
J’aimerais beaucoup partager avec mes lecteurs la beauté et la cruauté du monde une fois qu’on a enlevé toutes les bêtises et tous les voiles que la société (ses lois, ses modes et ses limitations) nous impose. Retrouver la vie et la mort à l’état brut, donc finalement notre condition d’être humain.
Au fond, j’aimerais partager les mystères et les énigmes de l’existence avec tous, célébrer la vie et la lumière… Et, qui sait, ouvrir les portes d’une autre perception.

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Annick Cherville Akhena
05/10/2015

Nous sommes en pleine rentrée littéraire, c’est la période de l’année où des milliers de romans sont mis sur le marché. Un auteur non médiatisé a fort peu de chances d’être remarqué dans cette multitude !
Encore moins quand l’auteur en question est une femme de 67 ans, totalement inconnue, qui propose son premier roman ! Un miracle, une éditrice (grâces lui soient rendues !) a proposé à l’auteur de publier son roman et voilà Et si nous étions libres sur le grand marché du livre !
Comment sera-t-il accueilli ? Il faut dire que ce roman est à contre-courant de tout ce qui se fait actuellement, on n’en écrit plus des comme ça l Il ne fait référence à aucun modèle ou tradition connues, et même pas une préface d’une célébrité pour l’introduire !
Pourtant, oui, ce roman est lu et l’auteur est touchée par les commentaires des lectrices et lecteurs, elle qui n’avait pas pensé à un éventuel public en écrivant, découvre que ses lecteurs enrichissent son monde intérieur comme la lecture de son roman enrichit le leur. Finalement, ce roman remplit son rôle en permettant un échange réel entre des univers différents.
L’auteur découvre aussi que Et si nous étions libres peut intéresser aussi bien ceux de la génération de 1968 que les 50, 40, 30 ans et moins… De l’avis général, la lecture de ce gros roman (dans les 700 pages) se révèle facile et agréable.

L’auteur avoue :
« La grande passion de ma vie, c’est l’écriture, et là, je me suis fait plaisir ! Dans cette histoire non préméditée, j’ai été entraînée par des personnages tellement puissants que - et c’est paradoxal, vu le titre du roman - il n’y a que moi qui ne suis pas libre, tout entière sous l’emprise de mes personnages ! » Et si nous étions libres vous invite à découvrir la vie de la narratrice, elle s’appelle Catherine, une vie peu banale ! Aucun risque de vous ennuyer, vous allez peut-être vous dire par moments : « Non, ce n’est pas possible » et pourtant vous tournerez la page… Catherine a 15 ans en 1968, vous la suivrez jusqu’en 2011… Vous aurez parcouru avec elle ces années où tant de choses sont nées, comme Internet par exemple. Entrainé ou bercé par les chansons et les musiques d’alors, parmi lesquelles vous reconnaîtrez Jim Morrison et beaucoup d’autres, vous ne verrez pas le temps passer. Avec Catherine vous vivrez des aventures fortes à Alexandrie, au Caire, au bord de la mer Rouge ou bien encore à Los Angeles, à Paris, à Venise, en Grèce ou tout bonnement en Provence ou sur les îles du Frioul. Vous aurez vécu aussi des amours peu communes, celles que l’on n’ose pas vivre d’habitude tant les conventions sociales, morales, religieuses et autres tissent de solides prisons. Vous aurez traversé des rêves étranges et soupçonné que la vie recèle bien des mystères…
Peut-être allez-vous entrevoir avec Catherine où réside notre ultime liberté ? Mort et vie sont intimement liées et ne sont peut-être que les deux côtés d’une même réalité. Mais, il y a une fin à ce livre comme à tout. Un jour, votre vie elle aussi s’arrête. Rassurez-vous notre héroïne, Catherine, ne sait rien de plus que vous et moi sur ce qui pourrait bien continuer après… en dépit de faits fort étranges cependant pour un esprit sain et rationnel… Voilà pourquoi je vous invite à lire mon roman, sans doute qu’il contient bien d’autres choses que je ne vois pas mais que vous vous découvrirez, peut-être m’en ferez-vous part ? Merci !

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Annick Cherville - Et si nous étions libres
Editions Le Courrier du Livre-2015.

Prologue Le 11 juin 2004 - L’Horizon du Soleil

Le soleil a disparu dans la mer couleur de flamme. Katia est partie. Je me suis retrouvée seule dans ma maison bien-aimée, tout à mes souvenirs. Je laisse libre cours à ma rêverie. Aucune envie d’écrire ne me vient. Pourtant, il me reste encore un roman à mettre au monde, le plus important de ma vie, puisqu’il en sera le point d’orgue et fera d’une série de livres une œuvre. La nuit s'annonce belle. Après avoir nagé dans la piscine, je vais dans mon bureau secret, là-bas, derrière la courette. Je m’assieds devant l'ordinateur, je réfléchis. Il ne faut pas que je rêve trop, mon temps est compté, c'est sérieux, je ne peux plus remettre à demain. Pourtant, l’envie d’écrire ne me vient pas, même si beaucoup d’images et de réflexions se bousculent dans mon esprit. Je vais aller dormir. La nuit dernière, j'ai fait un rêve merveilleux, un de ces rêves flamboyants que l'on n’oublie jamais. Je marchais sur une route déserte en surplomb au-dessus de la mer. Le soleil était sur le point de se coucher. Le silence vibrait, entier, dense. La mer s’étalait à perte de vue, elle était lisse et sombre. Mes pas résonnaient. La route fit un tournant brusque, je découvris un paysage d’une beauté absolue. J’éclatai en sanglots. De la mer, devenue glace translucide, jaillissaient des pics scintillants de lumière. Des reliefs aigus en dessinaient les formes épurées. Jamais de ma vie je n’avais éprouvé une telle douceur, un tel sentiment de retour chez moi. Je n'avais jamais vu ni imaginé une harmonie aussi pure entre la lumière, la forme et la matière. J’entendis une voix familière dire à mes côtés : - Cathy… C’est là que je vis maintenant. Je sentis qu’on me pressait doucement la main, c’était Sourayan. Je continuai de pleurer. La perfection du paysage me bouleversait, même la résurrection de mon ami ne pouvait tarir mes larmes. Je m’entendis murmurer : - C’est là que j’ai toujours voulu vivre. Je suffoquai d'émotion, ce que je voyais était trop parfait pour mon esprit. Je suivis Sourayan le long d’une jetée taillée dans la glace. Elle nous mena jusqu’à une rotonde de cristal scintillante de l’éclat de milliers d’arcs-en-ciel. Une source d’eau jaillissait en son centre. Mon ami en recueillit un gobelet. - Voici l’eau de ta régénération, dit-il en me le présentant. Je le regardai en face. Il était vivant. Il n'était jamais mort, moi non plus je ne mourrais jamais. Personne n'était jamais mort. Ce fut une évidence. Une évidence si forte, si absolue que je me réveillai dans mon lit, émerveillée et presque terrifiée de la puissance de mon éternité. Maintenant encore, au moment où j’écris ces mots, ma gorge se serre, je pleure au souvenir de ce fantastique paysage de glace où Sourayan m’invite à boire l’eau de la régénération. Pourtant le doute fait son œuvre. Peu à peu, je me persuade que j’ai fait un très beau rêve issu des profondeurs de mon inconscient… que ce n’est qu’un rêve, rien d’autre. Sourayan serait-il venu me rappeler que ma tâche n’est pas achevée ? Je lui dois d’écrire encore un roman. Je l’appellerai L'Horizon du Soleil. Je dévoilerai son vrai visage et le mien, je ressusciterai Anna, Frédéric, Cédric, Galal, nous tous au faîte de notre jeunesse, je raconterai les jours étranges que nous avons vécus au printemps 1983 à Alexandrie. Je serai l'héroïne de mon roman, moi qui ai toujours refusé d'être l’héroïne de ma vie. Comment échapper aux certitudes de mon cœur ? Comment échapper à son implacable logique qui aujourd’hui m’a amené Katia comme un écho de son père ? Pour boucler la boucle, il me manque quelques éléments essentiels, la foi, sans doute. J’ai trop attendu et j’ai perdu mes forces vives. À l’orée de mon œuvre, je piétine encore. J’éteins l’ordinateur. Je verrai demain.

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